"Zasafir la prisonnière"
Buzzelli

Critique de Jean-Luc Cochet
dans (A Suivre) # 87 - Avr 1985.


   Avez-vous remarqué? Au plus fou de l'action, les personnages de Buzzelli attrapent une coquetterie dans l'oeil qui est comme le signe, l'indice de leur délire. Ce stigmate, on le retrouve, par exemple, dans le regard allumé de l'acteur Vittorio Gassman (rappelez-vous l'aveugle clairvoyant de Parfum de femme), lequel, d'ailleurs, ressemble étonnamment à l'autoportrait que Buzzelli reproduit à chaque nouvelle histoire.
   La folie, Buzzelli connaît et pratique, tout au moins sa version théâtrale, opératique, "comédienne". Son truc, c'est la faille, la fêlure, celle que son héros porte dans sa tête, celle qui apparaît immanquablement au cours du récit, et dans laquelle il s'engouffre sans demander son reste ni le nôtre. Passé le pont aux ânes de l'entrée en matière, Buzzelli fait du Buzzelli, et brosse allegro presto un univers où le doigt de Michel-Ange effleure celui d'Alex Raymond, sous le regard approbateur de Jérôme Bosch.
   Si l'on observe bien, Buzzelli est à l'Italie ce que Forest est à la France. Un homme à part, doté d'un trait virtuose et d'un grand sens de l'alchimie scénaristique. Chez lui, comme chez l'inventeur de la Jonque fantôme, souvenirs et lectures d'enfance s'amalgament avec les expériences de la vie, pour former un tout indissociable et inévitable. L'un comme l'autre sont, au plein sens du terme, des auteurs vrais.

   Jean-Luc Cochet



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