"Wonder City"

Par Chantal Montellier, 1983.


  Fascisme informatique. Fichage biologique permettant l'eugénisme, et quel eugénisme ! L'élimination par stérilisation de tous ceux qui ne sont pas de purs aryens, d'une part, des déviants et marginaux, d'autre part. Le moyen ? Une cabine distributrice de piqûres "contraceptives", personnalisée sous l'apparence d'un hologramme bienveillant : le "professeur Nimbus" (sic), "le surmoi collectif, le père idéal, le médecin de rêve, celui qui sait tout, qui peut tout." Le Big Brother d'Orwell n'est pas loin. Mais le Meilleur des Mondes semble être la référence principale de Chantal Montellier. "Aldous and Co", "Huxley Cameras", "Al Huxley" sont "à l'enseigne" du livre.
  Le crâne rasé de l'héroïne, son désir d'une maternité interdite, la fuite finale hors de l'univers concentrationnaire de la ville, évoquent également THX 1138 (l'admirable film de Lucas qui le fit connaître bien avant la Guerre des étoiles). Ce clin d'oeil de Montellier est confirmé par l'envol d'un papier qui porte l'inscription "THX". D'autres citations constellent cet album (affiches de Moebius, prison pour femmes appelée "Thatcher", etc.).
  L'utilisation-choc des couleurs fondamentales (jaune/rouge/bleu), le graphisme froid, dépouillé, typique de l'auteur et de son univers, donnent à cette fiction (et bien que le pouvoir totalitaire n'y soit représenté que par des hommes) une crédibilité qui fait froid dans le dos.


Joelle Wintrebert, dans (A Suivre) numéro 66, juillet 1983.


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