"On a tué Wild Bill"

Par Hermann.
Dupuis, coll. Aire Libre, 1999.


  Hermann avait réalisé une des meilleures séries de western en Bande Dessinée ; il s'agissait de "Comanche" bien sûr avec le scénariste Greg pour le journal de "Tintin"...
  Depuis, entre "Jérémiah", "Les Tours de Bois-Maury" et autres albums one-shot, il écrit lui-même ses propres histoires ; et, pour la première fois, il revient sur un vrai western ("Jérémiah" étant une sorte de western-post apocalyptique)...

  A la question : pourquoi de nouveau un western? Hermann répond : "Parce que je n'avais jamais encore dessiné un western directement en couleurs". En effet, depuis son album "Sarajevo-tango", Hermann expérimente la couleur directe : il peint directement ses planches à l'aquarelle sur des crayonnés à la mine de plomb (pour les néophites, sachez qu'encore traditionnellement la mise en couleurs des bandes dessinées se fait séparément sur des "bleus", sur lesquels seront ensuite replacés les traits de contours du dessin original à l'encre) ; le résultat est d'autant plus beau ici que Hermann y décrit une nature resplendissante ...!!

  "On a tué Wild Bill" renvoit quelque peu à des westerns cinématographiques, notamment "Little Big Man" d'Arthur Penn et "John McCabe" de Robert Altman (1970 et 1971) - Hermann ne s'en cache pas -, mais le propos reste celui de son auteur...
  Au travers de ses séries, Hermann s'est toujours attaché en effet à nous décrire cet Humain, équivoque, à la fois d'une nature violente et destructrice, mais également semble-t-il à la recherche permanente d'une sociabilité...
  Hermann est sans doute l'un des mieux placés pour exprimer, dans son propos narratif et son dessin nerveux et élégant, cette dichotomie... Lui qui semble porter un dégout total pour l'Homme (ou sa nature autodéstructrice) et en même temps lui porter un intérêt et un amour évident - il n'est qu'à voir avec quel soin et quel plaisir sans doute il crée toutes sortes de personnages variés, qui prennent vie sous son pinceau ! "On a tué Wild Bill" raconte le parcours d'un jeune adolescent naïf - Melvin Hubbard - jusqu'à sa vie d'homme mature, devant survivre dans une époque en pleine mutation et dans laquelle le vernis de la civilisation a bien du mal à ne pas s'écailler... (Ce thème a déjà été abordé dans "Comanche" d'ailleurs.)

  On pourra éventuellement regretter la concision de l'album (52 pages) et les quelques emprunts au cinéma même s'il paraît difficile de se détacher de la culture cinématographique et de son langage dès lors que l'on aborde le genre Western ; mais Hermann nous a habitué à son style de narration elliptique, quant à la référence au langage cinématographique, son style de Bande Dessinée s'inscrit évidemment dans cette tradition de la Bande Dessinée "réaliste" (Classique), de Milton Caniff à Jijé en passant par Alex Raymond et autres, inspirée en grande part par le cinéma americain !
  Le résultat n'en reste pas moins d'un large plaisir pour les yeux et d'une lecture intéressante et agréable!

  Hermann reste l'un des (derniers?) piliers de la bande dessinée franco-belge...


F.B

Le site officiel de Hermann.



- Retour -