Préface de G. Wolinski à
"La Révolte des Ratés" (1974)


   En décembre 1970, dans le numéro 23 de Charlie paraissait pour la première fois en France, "La révolte des ratés", une bande dessinée de Guido Buzzelli. Je la présentais ainsi à l'époque : "Une grande première et un nouveau métèque, pauvre France, Buzzelli ! Je me promenais cet été dans les vieilles rues de Naples et comme d'habitude, la bouche ouverte, je contemplais les couvertures des journaux de bandes dessinées, quand mon attention fut attirée par "La rivolta dei racchi", quarante-six pages que je dévorais le soir même à l'hôtel, après l'amour, quand nos souffles sont courts. C'est une bande dessinée comme un dessinateur en fait une fois dans sa vie. Buzzelli s'est manifestement "fait plaisir". Quand on travaille pour la presse, on n'a pas le temps de fignoler les dessins comme ça et surtout on n'est pas assez payé pour se permettre un tel luxe. Je suis allé voir Buzzelli à Rome quelques mois plus tard et il est venu nous voir à Paris. Buzzelli est devenu mon ami..."

   Ce que je peux ajouter à ce texte, c'est que l'ami Buzzelli depuis cette époque a dessiné spécialement pour Charlie : "Les labyrinthes" (*), "Zil Zélub", etc. et qu'actuellement, en collaboration avec Alexis Kostandi, il dessine "HP", une bande de science-fiction baroque, grouillante d'une multitude de personnages comme on en rencontre dans les rues de Rome, la ville la plus théâtrale du monde.

   Buzzelli est tout seul dans son genre. Ça le rend fier, triste et angoissé. Il a toujours peur de ne pas y arriver, de se réveiller un matin et de ne plus être Buzzelli. Ça lui donne des cauchemars, alors il dessine ses cauchemars et c'est du Buzzelli. C'est pas plus difficile que ça d'être un grand dessinateur de B.D. Essayez et vous verrez.

   WOLINSKI. (1974)

(*) "Les labyrinthes", réédité en album aux Humanoïdes Associés en 1979 sous le titre "Aunoa".


© Guido Buzzelli.



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