"H.P."
Buzzelli - Kostandi.

Critique de Bernard Blanc parue
dans (A Suivre) # 8 - Sept 1978.


   Neuf épisodes de H.P., c'est tout juste suffisant pour brosser une civilisation absolument convaincante. L'histoire du cheval-machine qui sert d'appât aux technocrates pour traquer les rebelles du Dehors, n'est finalement qu'un prétexte, au scénario assez lâche, pour faire passer des tas d'autres aventures : c'est ce reste-là qui est surtout intéressant.
   Buzzelli ne croit pas en l'avenir radieux de l'humanité : son monde est fait de quelques beaux mecs, héros solitaires d'un classicisme rétro, mais surtout de monstruosités à la Tod Browning, de nabots comme Poids Plume ou de dégénérés comme Gros Lard. Une suite d'individus diminués et pleins de rancoeur. Buzzelli est tout à fait désabusé et pessimiste : sa science-fiction à court terme nous promet des villes gigantesques, où les savants et la police font régner l'ordre, et, tout autour, des étendues arides où survivent quelques marginaux au milieu des infections et des ordures. On a vu ça une fois dans le fameux Brebis galeuses de Kurt Steiner.
   Vision éminemment politique d'une société technicienne qui craque sous sa propre richesse pour donner naissance à un drôle d'univers baroque où les cow-boys voisinent avec les carcasses d'automobiles et les debris de Boeing. Comme du Ballard, avec encore un peu plus de démesure : H.P. aurait très bien pu galoper dans ces terrains vagues au bord de l'autoroute que Ballard recense dans L'île de béton.
   Plus politique encore, cette description précise des agissements louches du gouvernement, avec de meurtrières intrigues de palais et des expérimentations d'armes biologiques sur les marginaux.
   Buzzelli ne fait pas de la BD pour rêver : la stratégie du P38, à l'italienne, se retrouve dans ses histoires, avec toute l'angoisse hystérique d'une société en décomposition.

   Bernard Blanc



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