"Aunoa"
Buzzelli

Critique de Philippe Muray parue
dans (A Suivre) # 21 - Oct 1979.


   On a déjà répété cent fois que Buzzelli, avec son graphisme griffé, ses dessins baroques et noirs, son inspiration apocalyptico-démoniaque, était le Goya de la bande dessinée.
   C'est encore plus vrai que jamais dans Aunoa où Buzzelli se révèle comme le maître incontesté de l'horreur, de la représentation du cauchemar contemporain, de toutes les menaces qui pèsent sur nos fantasmes et nous ramènent aux cavernes des mythes, illuminées cette fois par le mortel "spot" de la menace atomique.
   Mêlant des métamorphoses hallucinantes et des savants fous dans une atmosphère de fin du monde, Buzzelli fait parcourir à son héros un univers en miettes où des têtes de chien très totémiques, très "égyptiennes", sont greffées sur des corps d'hommes et réciproquement, où des laboratoires de nazis de l'an 2000 mijotent d'atroces mutations génétiques, où des femmes accouchent de démons ailés sanguinaires comme des chauve-souris vampires, où la beauté et l'amour enfin sont devenus inaccessibles, enfermés dans une "sphère" symbolique aseptisée, définitivement remis à leur place, qui est celle de l'illusion humaine de bonheur sur fond de malheur permanent. Tous ces éléments font d'Aunoa une superbe épopée du deuil prochain de la planète - un deuil dont nous commençons à deviner les prémices.

   Philippe Muray



- Retour -