"Rupture"

Par Chantal Montellier, 1985.


  Une histoire de Montellier se reconnaît au premier coup d'oeil. Traversé de réminiscences picturales et littéraires, profondément marqué par l'expérience Bazooka - et pas seulement le dessin, mais aussi les thèmes et leur traitement -, l'univers de Montellier est d'une étonnante cohérence. La douzaine de ses albums passés charriait l'obsession des sociétés concentrationnaires, la haine fascinée de la violence institutionnelle, le retour lancinant sur la folie et la marginalité, avec une constance qui tenait de l'exorcisme.

  La cohérence demeure, mais une évolution, une rupture, justement est sensible depuis Odile et les crocodiles, comme si l'exorcisme avait réussi. Le lecteur n'est plus projeté dans un univers étouffant, digne de Big Brother, mais dans la vie de personnages en crise le temps du récit. C'était le cas d'Odile, c'est celui de Vincent Lazare, peintre d'origine ouvrière, qui vient d'être abandonné par son amie et qui ne parvient pas à évacuer le souvenir de sa mère, enfermée à l'asile lorsqu'il était gosse. Une nuit de dérive parisienne lui fera toucher le fond du désarroi mais aussi rencontrer des personnages de paumés qui le renverront à lui-même. Résolu à revoir sa mère, il la trouve agonisante, qui l'attendait pour mourir. Son retour à Paris laisse une fin ouverte. La catharsis a-t-elle eu lieu? Au lecteur d'en décider.


Critique de Jean-Pierre Mercier dans (A Suivre) numéro100, Mai 1986.


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