Entretien avec Chantal Montellier.

Réalisé par Catherine Ribot pour le fanzine
"Fun en Bulles", 1998.

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   Chantal Montellier était présente au festival d'Angoulême en janvier dernier pour dédicacer son dernier ouvrage "La femme aux loups" publié chez Z'EDITIONS. Elle a accepté de répondre pour FUN EN BULLES aux questions de Catherine Ribot.


   FUN EN BULLES: Mme Montellier, vous êtes ici à Angoulême la représentante d'une minorité dans la B.D., que pensez-vous de la place que vous réserve les professionnels pour ce vingt-cinquième anniversaire ?

   Chantal MONTELLIER: C'est une bonne question, merci de l'avoir posée! Et bien écoutez c'est une toute petite place, déjà matériellement comme vous pouvez le constater. Je suis à côté d'une autre femme dessinatrice, Perrine Roullion. Nous nous serrons l'une contre l'autre dans un espace assez limité, entre un placard, l'extincteur, derrière une colonne et pas très loin des toilettes. Donc géographiquement on ne peut pas dire que ce soit la meilleure place ! Sauf quand on a une envie urgente d'aller faire pipi. A côté de nous, à ma droite, Monsieur Gibrat dédicace sur une table qui fait quatre fois les nôtres , largement installé, pas très loin de la caisse et beaucoup plus loin des toilettes ! Disons que c'est assez représentatif et surtout assez symbolique de la place des femmes dans la B.D. Voila un exemple sur le vif.

   Pourtant, dans la réalité, les femmes paraissent comme les éternelles râleuses, celles qui sont toujours en train de rouspéter ou de remettre en cause l'ordre des choses. Pensez que c'est la place que doit se réserver la femme si elle veut finalement avoir un petit peu d'oxygène, un petit peu la tête à l'air ?

   Et bien, la place de la râleuse n'est pas non plus la meilleure place bien évidemment, mais la réalité est, elle même, un peu rageante et un peu râlante. C'est vrai qu'on ne se sent pas terriblement reconnues, honorées d'être placées ainsi comme actuellement, géographiquement parlant. Je ne sais pas comment conquérir une meilleure place. Râler ce n'est pas nécessairement la meilleure des stratégies. Personnellement, j'ai sans doute pas mal râlé à une certaine époque et je continue un petit peu, pour le principe ; mais je me suis aussi beaucoup battue tout simplement par ma propre création ! On fête aujourd'hui les vingt-cinq ans d'Angoulême ; j'ai démarré à peu près en même temps que le festival, donc j'ai à peu près vingt-cinq ans de travail derrière moi et j'ai produit vingt-cinq-trente albums. Ils sont autre chose que de la protestation ou du militantisme ; c'est, je pense, un petit peu de création aussi ! D'ailleurs par rapport à ça, ce vingt-cinquième anniversaire a été souligné par la presse. Notamment, il y a eu dans le Monde, un numéro spécial consacré à Angoulême, avec deux journalistes qui ont parlé de l'événement et qui s'occupent de la B.D. de manière assez régulière. Sur vingt-cinq ans de festival vingt-cinq albums ont été sélectionnés et sur ces vingt-cinq albums, il n'y en a pas un seul signé par une femme, je trouve cela en effet un peu râlant ! Comment exprimer sa stupeur, son mécontentement autrement qu'en râlant ? Il y a sans doute d'autres manières ! En l'occurrence avec quelques amies dessinatrices, on a fait une petite lettre dans un mode aussi humoristique que possible sur cette absence quand même assez flagrante ! Je pense qu'en vingt-cinq ans quand même quelques femmes ont produit des choses qui mériteraient d'être retenues dans cette sélection. Enfin voila, c'est l'ordinaire de ce que nous vivons !

   Je suis assez étonnée de ce que vous dites parce que dans la B. D. finalement être à la marge est un peu une forme de compliment: dans le monde artistique, c'est le marginal qui est finalement le plus honoré. Or au moins statistiquement, il apparaît que la présence des femmes est bien marginale ou en tout cas on lui laisse une présence marginale. Vous feriez l'exception dans la B.D. d'une marginalité qui ne serait absolument pas reconnue, qui est au contraire totalement niée. Comment expliquez-vous ce refus ou cette ignorance de la part de ce monde d'homme ?

   Vous voulez dire qu'ils ne nous acceptent pas dans le salon et qu'ils nient qu'on soit dans la marge ?

   Oui c'est ça, est-ce que vous acceptez ça ? Est-ce qu'ils vous ignorent totalement ? Est-ce qu'ils font semblant de vous ignorer ? Est-ce que c'est quelque chose de délibéré de leur part ou pas ?

   Et bien, je ne suis pas leur psychanalyste, je ne sais pas quelle est la part d'inconscient, la part du réflexe machiste mal corrigé, leur part de malignité ou de perversité dans tout ça ! Moi je parie pour un subtil mélange de tous ces ingrédients. Je crois que c'est aussi des moments, des courants de l'histoire. C'est vrai que comme par hasard ce sont dans les années 70 que les femmes se sont, je crois, le plus manifestées, à travers notamment un journal de femmes qui s'appelait "Ah ! Nana", qui a été interdit d'affichage par une commission de censure. Le thème du huitième numéro était sur l'inceste, et à partir du moment où le journal a été interdit à l'affichage, bien évidemment, les ventes, qui n'étaient déjà pas très brillantes, se sont effondrées. Donc la seule et unique tentative pour créer quelque chose autour de l'imaginaire des femmes a été foutu en l'air ! Donc beaucoup de ces femmes n'ont jamais pu retrouver de place nulle-part, ni dans A Suivre, ni même dans Métal Hurlant (qui publiait Ah ! Nana), ni ailleurs ! Parallèlement à ça, s'étalait impunément dans les kiosques l'Echo des Savanes qui est quand même truffé de femmes à poil ou de choses très racoleuses ! C'était effectivement une époque où il y avait une B.D. très porno, très macho, très racoleuse. En même temps qu'il y avait cette vague là ( avec les B.D. de Manara qui par ailleurs a beaucoup de talent ), la petite tentative timide qu'ont fait quelques femmes pour exister a été saccagée ! Donc, oui ! La marginalité de fait : on y est, à quelques exceptions près, Brétécher a joui d'une reconnaissance forte à un moment donné mais cette reconnaissance ne lui a pas permis d'être retenue dans cette sélection du Monde. Certains diront que de toute façon les gens qui lisent de la B.D. ne sont pas nécessairement des lecteurs du Monde et inversement. Oui, mais enfin bon, le Monde est tiré à un nombre d'exemplaires non négligeable, c'est quand même une institution et donc un lieu de reconnaissance ! Alors c'est vrai qu'être marginal, pourquoi pas ? Mais il faut voir aussi les conséquences matérielles de cette marginalité ! A partir du moment où le travail n'est jamais reconnu, jamais éclairé, les conséquences matérielles sont parfois extrêmement douloureuses ; beaucoup de femmes ont jeté non pas leur tablier mais leurs pinceaux pour la bonne raison qu'elles n'arrivaient pas à en survivre ! Cela dit aussi beaucoup d'hommes ont des problèmes ! Mais enfin nous, nous avons un double problème, qui est celui du problème personnel de créatrice (ou de créateur comme on veut.), c'est pas tous les jours facile, le talent n'est pas toujours au maximum. Mais par dessus ces problèmes là, ces problèmes spécifiques de création artistiques, il y a en effet celui de la place des femmes dans ce moyen d'expression.

   Alors à votre avis, concrètement, que faudrait-il faire ? Lorsqu'on est conscient de ce problème comment faire pour essayer de changer les choses de parvenir enfin non pas à une égalité totale, mais au moins à une reconnaissance minimale ?

   Je crois qu'il faudrait déjà que la prise de conscience existe ! Et pas seulement chez celles qui vivent ces problèmes au quotidien ! Il faudrait déjà qu'elle existe dans la tête des autres femmes, qu'elles soient journalistes, intellectuelles, libraires ou bien bibliothécaires, qu'elles aient un peu l'oeil sur ce qui se passe dans ce domaine là. Le problème est que dans le Monde, par exemple, la sélection a été faite par deux hommes, deux journalistes spécialisés dans la communication, je ne pense pas que ce soient de très grands féministes et qu'ils soient très sensibles aux problèmes que rencontrent les femmes dessinatrices: ils couvrent la B.D. comme ils feraient autre chose ! Je crois là que ce sont des gens inconscients des problèmes des femmes, qu'ils traitent un peu par dessus la jambe et par dessous. S'il y avait quelques femmes journalistes pour suivre la question ce serait pas mal. Vous voyez l'écho qui est donné à tout ça ! Ce sont les hommes qui décident, puisque dans un jury d'une dizaine de personnes à Angoulême il n'y avait pas une seule femme. Se pose aussi la question du pouvoir des femmes, du pouvoir de choisir, du pouvoir de décider et d'être dans les instances où les choses se décident. Idem pour le monde de l'édition où elles sont au mieux secrétaires de direction. Dans le monde de la B.D. je ne pense pas qu'il y ait une seule femme ayant vraiment un poste de décision. On est vraiment là au bout de la chaîne, à la limite.

   Effectivement vous regrettez l'absence de femmes à des niveaux assez élevés de la hiérarchie. Pensez-vous que les femmes sont entre elles très solidaires et qu'après tout leur solidarité féminine joue réellement ?

   Franchement pas suffisamment non. "Ah ! Nana" a existé grâce à une femme qui était en l'occurrence la compagne de Jean-Pierre Dionnet, qui lui était à l'époque le directeur de l'édition qui publiait Métal Hurlant et quelques autres journaux. Le désir de créer ce journal est quand même venu d'une femme qui, à un moment, était dans une sphère de gens qui avaient de l'argent et du pouvoir.

   Vous venez de publier un album "La femme au loup" qui se situe au Québec après un drame dans la fin des années 80, dans l'école polytechnique du Québec. Est-ce que vous voulez parler un peu de cet ouvrage, de la manière dont vous l'avez construit et des difficultés auxquelles vous vous êtes heurtée ?

   Elles étaient d'autant plus nombreuses que les éditeurs hésitent à publier ce genre d'ouvrages atypiques parce que ce n'est pas vraiment de la B.D., ce n'est pas vraiment du roman, c'est un livre illustré. Des éditeurs comme ça il y en avaient quelques uns il y a une quinzaine d'années, je crois qu'il n'y en a plus trop aujourd'hui. Par exemple la belle époque était l'époque de Futuropolis avec Etienne Robial qui a osé sortir un peu des sentiers battus en matière de livre/texte/image. "La femme aux loups" est né d'un désir que je partage avec une autre femme qui s'appelle Hélène Meynaud qui a fait ses études à l'école polytechnique de Montréal. C'est un fait divers assez sanglant puisqu'un homme dans une situation d'échec scolaire est rentré dans cette école, armé d'un 22 long rifle je crois. Il est passé d'une salle de classe à une autre salle de classe en faisant sortir les hommes et en tirant sur les femmes. Il a laissé une lettre avant de se tuer lui même disant qu'il haïssait les femmes qui lui avaient toujours gâché la vie et que les féministes ne méritaient pas de vivre. Cela est déjà très impressionnant et ce qui est très impressionnant est ce qui s'est passé par la suite. Cela a été le coup d'arrêt du mouvement féministe. Le mouvement féministe au Québec était assez fort, avec ses qualités, ses défauts et ses limites. Il y avait à l'école polytechnique de Québec une majorité de femmes, ce qui n'était pas le cas de la majorité des écoles polytechniques en France ou au Québec. En l'occurrence mon amie a fait cette école et a recueilli énormément de témoignages, elle avait pas mal de documents filmés. Et c'est vrai que ce qui transpire c'est une espèce de peur face à la violence masculine qui peut se déchaîner n'importe quand, n'importe comment. Cela a été un coup d'arrêt du mouvement féministe à cause surtout de la façon dont les hommes se sont situés par rapport à ce fait divers. Il y a eu par exemple la culpabilité de certains, mais aussi l'excitation d'autres disant finalement que Lépine (NDLR : le tueur de "La femme aux loups") avait des couilles. Un journaliste québécois nommé Rock Côté a publié un livre "Manifeste d'un salaud" qui explique pourquoi au fond, sans approuver totalement le geste de Lépine, il peut le comprendre. Il partage sa haine des féministes. Ce que j'ai fait avec Hélène Meytnaud n'est pas un livre féministe, c'est un livre de femmes enfermées à plus d'un titre par la violence des hommes. Hélène est ingénieur sur-diplômée, en situation d'avoir un poste de responsabilité et voire de pouvoir. Elle constate qu'arrivées à un certain niveau les femmes sont extrêmement freinées. D'autre part elle a travaillé comme ingénieur assez jeune sur un chantier où elle était la seule femme et a rencontré un certain nombre de problèmes de tous ordres. Elle était confrontée à un certain rejet machiste. Cela me renvoie, moi aussi, à mes problèmes de femme créatrice dans un monde qui traditionnellement est un monde d'hommes. Finalement les femmes ont commencé assez récemment dans la B.D. pour adultes. On est un peu la première génération avec des femmes comme Brétécher, Goetzinger, Jeanne Puchol, Nicole Claveloux, moi et quelques autres à avoir pu se professionnaliser un petit peu là dedans. Et je constate à mon niveau (mais j'ai aussi ma part de responsabilité, je n'ai pas géré les choses au mieux) une part de recul et de régression dont les deux pages du Monde sont révélatrices.

   La position de la femme au Québec est peut-être concrètement la même qu'en Europe mais les femmes (enfin certaines femmes) semblent beaucoup plus mobilisées. Quels seraient concrètement en France les moyens qui pourraient être utilisés à votre avis pour mobiliser d'avantage les femmes ?

   Ca dépend sur quels sujets.

   Sur tous les sujets que vous rencontrez dans le milieu de l'édition et qui se retrouvent dans d'autres domaines: le monde de l'entreprise, le monde universitaire, le monde ouvrier, finalement, on entend toujours les mêmes discours à tous les niveaux, mais concrètement que pourrait-on faire ?

   Je pense qu'il y a des réflexes de solidarité quand il y a des choses trop flagrantes. Il faudrait qu'il y ait une forme de mobilisation un peu spontanée. Il y a des injustices tellement évidentes. C'est un problème aussi de société. On est dans une société avec la crise, le chômage. La tentation est forte de dire que pour créer des emplois il faut que les femmes retournent dans leur foyer. Je crois qu'il y a une régression sociale générale au moment où le travail est devenu une denrée rare. Le problème se situe à plusieurs niveaux : politique, par exemple, il y a très très peu de femmes au gouvernement même si elles y sont un peu plus nombreuses depuis une période récente. Dans le milieu de la culture pour ce qui me concerne depuis que Catherine Trautmann est ministre de la culture je n'ai pas senti les effets dans ma vie personnelle. C'est vrai que j'imagine qu'il y a un peu plus de personnel, un peu plus à l'écoute, un peu plus accessible, avec qui on peut discuter. Une de ses attachés de cabinet qui vient du CNL est ouverte au problème des femmes. Je crois que c'est important. Cela, c'est la dimension politique. Il y a d'autres dimensions par rapport au milieu de l'édition lui même. Je crois que pour ce qui est de la B.D., il faudrait des regards de femmes sur ce qui se passe dans ce milieu là, des regards de femmes acquises à la cause des femmes. Elles ont eu accès aux études artistiques très très tard: les écoles d'art n'ont été ouvertes aux femmes qu'au début du siècle je crois. Du point de vue des politiques, il y a une absence totale de culture de ce côté là ; donc on est un peu livré à la pure logique de l'offre et de la demande qui tire les choses vers le bas. Je constate aussi, après 20-25 ans de vie professionnelle, l'extraordinaire absence de mémoire. J'ai le sentiment d'avoir face à moi des gens qui ne savent rien de ce qui s'est passé ces 20-25 ans. Le système fabrique ça aussi. On prend on jette, on prend on jette. C'est vrai qu'il s'est passé plein de choses. Déjà si la trace de ce que l'on fait pouvait être enregistrée... C'est au contraire un effacement permanent. Mais ce n'est pas un problème contemporain, c'est un problème éternel. On a beaucoup parlé de Camille Claudel il y a quelques temps. Aujourd'hui, je suis persuadée que plus grand monde ne sait qui c'est, il a fallu déterrer son travail. Moi j'ai fait sept ans d'études d'histoire de l'art et j'ignorais totalement qu'il y avait eu des femmes sculpteur à part Germaine Richier. Je pense que les femmes souffrent beaucoup de cela, de cet effacement permanent du travail qu'elles font dans ce domaine là.

   Peut-être faudrait-il faire ici une espèce de festival "Off" qui serait un festival féminin, puisque vous venez de démontrer qu'Angoulême est un festival d'hommes. Ce serait peut être aux femmes d'organiser parallèlement d'autres festivals.

   Mon désir en ce moment serait plutôt de faire une sorte de prix "Fémina" de la B.D.. Pour mettre ça sur pied il faudrait effectivement une aide extérieure. Là je viens de participer à un jury qui s'appelle le jury des verts pour le prix "Tournesol". C'est Yves Frémion qui en est à l'initiative. Il a quand même derrière lui un parti politique, un peu d'argent. Les femmes n'ont pas de parti politique en tant que tel. Il faut une structure derrière, un individu, une femme seule ou accompagnée de 2 ou 3 autres n'auraient pas les moyens, la surface, l'énergie de faire ça et de l'imposer.

   Et si au lieu d'une structure (puisqu'elle n'est pas constituée), il y avait une sorte de réseau, on en parle beaucoup.

   Structure, réseau, on peut appeler ça comme on veut. Il faut en tout cas des forces de femmes qui seraient convaincues de l'efficacité de faire comme ça. Par contre concernant un festival "Off", je me méfie du "Off" et du "In" parce que l'on est déjà tellement "Off". Je crois qu'il faut plutôt se battre pour être "In" et d'essayer de s'en donner les moyens.

   J'espère que le message sera passé auprès des lecteurs et surtout auprès des lectrices. Pourriez nous parler de ce que vous faites en ce moment au niveau de la B.D., de vos influences.

   Je vais commencer de manière un peu négative parce que j'avoue que j'ai un peu capitulé dans la dernière période pour toutes les raisons que l'on vient d'énumérer et je me suis un peu réfugiée dans l'écriture pure et simple. Je viens de publier un petit roman dans une série qui s'appelle "Le Poulpe". Un roman noir sorti en décembre et dont le titre est "La dingue au marron". Une des conventions est que chaque titre du Poulpe doit être un jeu de mot et comme ça sortait pour les fêtes de Noël...! Pour le moment, les échos sont très très positifs. En tout cas, ce que je ramasse comme gratifications est infiniment supérieur à tout ce que j'ai pu récolter en 20-25 ans de B.D. donc ça me donne beaucoup à réfléchir. Ceci étant j'aime bien le dessin, donc je pense que je vais y revenir. Il y a cette "Femme aux loups" qui vient de sortir. Je travaille en ce moment (j'ai pas mal de retard parce que je viens de traverser une période de découragement assez grande) sur une B.D. pour les éditions Dargaud un peu poulpesque avec une sorte de privé qui mène une enquête. Elle va sortir dès que je l'aurai terminée mais là je suis entre deux appartements, j'ai des problèmes d'argent qui est me freine qui me bloque... Je suis obligée de "cachetonner" comme disent les comédiens en faisant des ateliers à droite et à gauche. Mais c'est assez contre productif pour la création. Franchement j'aimerais beaucoup revenir à l'écriture, j'ai pris un très très grand plaisir à écrire ce roman.

   Sinon, quelles sont vos influences ? Tous les auteurs masculins ont des influences !

   J'en ai eu à une époque, un dessinateur qui m'a beaucoup intéressée graphiquement c'était Guido Crepax, un italien qui a créé une série qui s'appelait Valentina. C'était une série érotique mais très intellectualisée, un peu politique. Il avait une façon de représenter le corps de la femme qui était très très loin de ce que l'on a l'habitude de voir maintenant notamment à ce festival, sous la bulle où on étale la chaire féminine. Là c'était le contraire. C'était très respectueux, très stylisé. J'aimais beaucoup. Moi je viens des Beaux Arts. La B.D. est un moyen d'expression artistique avant tout. C'est surtout le côté artisanal qui domine. J'avais quelques ambitions à ce niveau là que j'ai dues mettre dans ma poche il faut bien le reconnaître. Je suis revenue à des choses plus bêtement réalistes. Ce qui m'intéresse, c'est une sorte de réalisme un peu onirique un peu fantastique : mélanger des choses à la fois très réalistes et très abstraites. Au niveau des modèles et des références actuellement, je dois dire que j'en ai peu. Il y a des gens que j'admire. Je n'ai pas sans arrêt l'oeil posé sur eux. Je travaille comme un cinéaste au sens où je travaille beaucoup à partir de reportage photos, à partir du réel sans beaucoup le modifier, je dois le reconnaître...

   Auriez vous un souhait à exprimer ?

   Oui, que les femmes soient si ce n'est plus revendicatives, du moins plus combatives. Elles se contentent de très très très peu. A partir du moment où on leur met une petite table à côté des toilettes, elles sont très heureuses: je le regrette.


(Propos recueillis par Catherine Ribot)



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